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17 octobre 2016 1 17 /10 /octobre /2016 12:06

Stéphane Croce, CEO COBOL-IT

En raison de l’avancée fulgurante des nouvelles technologies, l’obsolescence des systèmes d’information doit absolument être maîtrisée. La modernisation de ces systèmes ne peut toutefois être envisagée comme une opération ponctuelle mais doit faire l’objet d’un véritable plan inscrit dans la durée et ce, indépendamment des changements de direction et de gouvernance qui pourraient affecter sa conduite.

 

Fin mai 2016, un rapport du Government Accountability Office (GAO),[1] dévoilait au public des informations alarmantes relatives à l'obsolescence de l'équipement informatique du gouvernement américain[2]. Il révélait notamment que le département de la Défense, chargé de coordonner les forces nucléaires des USA (bombe atomique, missiles balistiques à longue portée, ...), utilise encore à ce jour des ordinateurs IBM Series/1 datant des années 70, ainsi que les toutes premières disquettes souples 8’’ de l'époque[3], un ensemble qualifié de « bombe à retardement » lors des débats à ce sujet[4]. Au total, plus de 60 milliards de dollars, soit les trois quarts du budget technologies de l'information du gouvernement fédéral américain servent à maintenir un matériel informatique archaïque. Par ailleurs, la présence du langage COBOL au tableau récapitulatif du rapport (au même titre que du matériel obsolète) ainsi que les recommandations appelant à son remplacement par un langage plus récent, sont des faits déconcertants qui exigent que l’on y apporte des précisions correctives.

Une méprise quant à la notion d’obsolescence
En effet, il est essentiel de distinguer l’obsolescence d’une machine de celle d’un langage informatique. Une unité centrale, à l’exception de ses upgrades, n’est qu’une machine dont les capacités, dix ans après son acquisition, demeurent les mêmes. Au regard des évolutions survenues pendant sa durée de vie, elle est bel et bien dépassée. En revanche, le COBOL est un langage de programmation qui, depuis sa création en 1959, a connu une évolution rigoureuse afin d’assurer sa pertinence face aux avancées technologiques. Testé sur les plateformes les plus récentes, il reste capable d’y exécuter des applications d’importance vitale.
La qualification du COBOL de langage obsolète met à jour une conception erronée de l’effort de modernisation des SI et une culture de la maintenance encore limitée au remplacement ponctuel des matériels et des programmes. La réforme de l’un ne va pas sans l’autre.

Le COBOL, un héritage évolutif
Une machine peut être obsolète, le COBOL est lui bien vivant. Encore largement usité dans l’encodage d’applications historiques de gestion, c’est aujourd’hui le langage le plus largement déployé dans le monde. Il totalise à lui seul plus de 200 milliards de lignes de code en activité et ce sont chaque année 5 milliards de nouvelles lignes qui sont développées. Comme son acronyme l’indique[5], il demeure l’un des meilleurs langages de programmation pour gérer les transactions commerciales et 70% d'entre elles l’utilisent actuellement.
Il est de par sa simplicité, totalement interopérable avec les solutions de l'industrie de pointe et convient de ce fait à des fonctionnalités critiques comme celles du gouvernement américain : coordination de fonctions opérationnelles des forces nucléaires, déclarations d'impôts, éligibilité et calcul de montants liés à la sécurité sociale, ...
À ce titre, le langage COBOL constitue un exemple de longévité assurée grâce à des ajustements successifs. Remplacer cet héritage phénoménal est virtuellement impossible et les risques associés à une telle entreprise sont incalculables.

Maîtriser l’obsolescence requiert une autre culture de la maintenance
Maîtriser l’obsolescence des systèmes d’information est certes aujourd’hui un impératif. La modernisation de ces systèmes permet aux entités publiques et privées de bénéficier des avancées considérables qui ont lieu dans les secteurs du hardware comme du software. Il ne s’agit pourtant pas de faire table rase de tout un héritage mais au contraire, de procéder à des améliorations progressives. Les efforts de modernisation ne sauraient se réduire à une série de coûteuses mesures d’exception décidées au cas par cas et sans cohérence globale.
À cet effet, la maintenance doit être reconnue comme une discipline centrale dont les échéances doivent être fixées à l’avance et affranchies des changements de gouvernance pouvant affecter sa bonne conduite. Elle doit être une démarche de « constante modernisation » Cela implique des mises à jours régulières, matérielles et logicielles, et un plan de modernisation qui intègre les nouvelles technologies. C’est là le moyen de diminuer les risques encourus, mais surtout, d’éviter une urbanisation massive (et coûteuse) tous les 5 à 10 ans.

La modernisation du SI ne dispense pas de la maintenance d’applications historiques
L’achat de nouveaux programmes clefs-en-main est toujours possible, mais il ne dispense pas de maintenir et adapter les programmes existants qui, longuement développés sont difficiles à remplacer sans mettre en péril les missions dont ils s’acquittent.
Toutefois, toute migration informatique présente différents degrés et strates de complexité. Ils réclament parfois, de la part des professionnels, un véritable travail d’archéologue. Il est donc indispensable en ce cas, de faire appel à des experts capables de comprendre parfaitement le fonctionnement d'une application, son environnement, mais aussi capables de définir précisément les différentes étapes nécessaires au projet d’urbanisation en fonction des besoins réels de l'entreprise. Cela suppose également qu’ils envisagent ses besoins futurs et fournissent une feuille de route pour maintenir et incrémenter les applications concernées. Une fois modernisé, un système d'information doit être en mesure d’offrir à ses utilisateurs des fonctionnalités et des performances équivalentes, voire meilleures. Enfin, plus la phase de migration est rapide, plus rapide est le retour sur investissement…

Moderniser l’existant, un vecteur de réduction des coûts
L’effort de modernisation ne fait pas que renforcer la sécurité des systèmes d’information, il est par ailleurs un vecteur de réduction des coûts à ne pas négliger. Encore faut-il, pour l’entreprise, s’assurer de la pertinence de ses choix et donc évaluer le temps nécessaire à ce que le bénéfice de la modernisation contrebalance son coût estimé.
Dans ce contexte, les 155 millions de lignes de code écrites en COBOL des programmes informatiques du gouvernement américain représentent, plutôt qu’un désastre, une véritable chance pour les États-Unis dans leur démarche d'amélioration permanente de leurs systèmes d'information. En effet, le COBOL est non seulement le plus facile à lire et à maintenir des langages de programmation jamais conçus, mais il est également compatible avec des systèmes aux architectures modernes : web services, Cloud Computing, Big Data, etc., bien loin de l’image de langage « sans avenir » que lui prêtent incidemment le rapport du GAO et ses commentateurs.
Si le challenge est aujourd’hui réel quant à la modernisation des systèmes d’information, il ne doit pas être motivé uniquement par les débats alarmistes. Des efforts encourageants sont en cours pour remédier à la situation et il est essentiel de tirer les leçons des erreurs passées. De nouvelles solutions existent aujourd’hui, elles possèdent en outre le mérite de réduire les coûts de façon considérable et ne sauraient donc être ignorées plus longtemps.

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Published by Décideur Public - Systèmes d'Information - dans Avis d'Expert
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