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Décideur Public - Univers Numérique

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La gare, un futur temple de la révolution numérique, au service de la mobilité

Publié par Décideur Public - Systèmes d'Information sur 19 Juillet 2012, 09:44am

Catégories : #Tribune libre


 Julien Damon, professeur associé à Sciences Po Paris (master d’urbanisme)

A l’occasion des vacances d’été, la SNCF accueille vingt millions de voyageurs. Avant de monter à bord des trains, les clients passeront d’abord par les gares. Des lieux en passe de devenir des plates-formes de services en tout genre permettant à l’homo mobilis pressé et hyper-connecté d’y optimiser le temps passé.

1/ Dans une campagne de publicité qui vante les services proposés à ses clients, la SNCF met en scène une tomate dans le cadre de son offre « Paniers Fraîcheur » en gare. Qu’est-ce que cela signifie ?

Julien Damon : Une longue et inévitable évolution du métier de la SNCF dans le sens de l’ouverture vers d’autres mondes. On le voit à travers les campagnes de publicité : de l’ancienne « l’homme moderne roule à plus de 100 km/h » message lié au moyen de locomotion et qui exprime technicité et rapidité, on est passé à celui que vous évoquez « en jus, en morceaux, en rondelles et maintenant en gare » qui ne fait pas référence au moyen de transport utilisé mais à un lieu, à savoir la gare, devenu au fil du temps central dans le paysage urbain français. A l’heure actuelle, la SNCF ne se définit d’ailleurs pas comme un transporteur mais comme un « groupe de services de mobilité ». Une notion infiniment plus large que le simple transport d’une personne d’un point A à un point B.

Cette campagne a été réalisée par TBWA Paris pour le compte de la SNCF

2/ Qu’est-ce qui a motivé une telle transformation ?

J.D. : Louis Armand, ancien dirigeant visionnaire de la SNCF dans les années 50, avait déclaré que « le chemin de fer sera le moyen de transport du XXI siècle, s'il parvient à survivre au XXe siècle. ». La Société Nationale a eu peur de la concurrence de l’avion dans les années 60/70 puis s’est inquiétée de la libéralisation des services ferroviaires voulue par Bruxelles. Elle s’est donc transformée pour ne pas disparaître et elle continue d’ailleurs de le faire. Un peu à l’image de ce qui s’est passé pour IBM dans les années 90. Le fer de lance de cette transformation a d’abord été la grande vitesse avec le TGV qui concentre environ 90% des investissements dans le domaine du matériel mais ne représente pourtant que 10% des déplacements nationaux. Ensuite est venu se construire petit à petit un monde de services autour du TGV. Et comme les sociétés modernes dans lesquelles nous vivons poussent de plus en plus à la mobilité des personnes et pas seulement au sens du voyage longue distance ou du trajet domicile/travail, la SNCF s’adapte aujourd’hui à l’évolution des modes de vie en ouvrant de nouveaux horizons pour ses gares.

3/ Mais les gares sont fixes par définition…

J.D. : Certes mais elles concentrent des flux phénoménaux de personnes. Un demi-million de voyageurs passent chaque jour à la Gare du Nord, 20 millions sont accueillis dans les gares en France à l’occasion des vacances d’été et sur une année ce sont quelques 3 milliards de clients qui les fréquentent. Ce sont donc des lieux d’optimisation commerciale très importants pour la SNCF et ses concessionnaires. La SNCF a d’ailleurs fait de la gestion et du développement des gares une priorité en créant, il y trois ans, une cinquième branche d’activité dénommée « Gares & Connexions ».

4/ Comment compte-t-elle y parvenir ?

J.D. : C’est une œuvre de longue haleine car les gares en France ont deux siècles d’existence et étaient surtout vu comme un temple de l’industrie ferroviaire et non des centres commerciaux contrairement à ce qui se passe au Japon. En outre, leur gestion n’avait rien de très dynamique. La création de « Gares & Connexions » est venue bouleverser ce paysage. Désormais, la SNCF veut donner à ses clients, et pas seulement aux voyageurs, ce qui n’est pas forcément la même chose, la possibilité d’optimiser le temps passé en gare et que ce moment soit le plus agréable possible. De l’ouverture de centres de télétravail à la fourniture de panier de légumes et fruits frais en passant par l’ouverture de crèches ou l’implantation de nouveau partenaire tels que Monoprix, les expérimentations sont nombreuses et doivent aboutir à proposer toute une palette de services innovants.

5/ Du télétravail dans une gare, n’est-ce pas un peu trop éloigné des métiers de la SCNF ?

J.D. : Pas vraiment si l’on envisage à moyen ou long terme une diminution de la mobilité en raison d’un engorgement insupportable des réseaux routiers et des transports publics. Les gens se déplaceraient moins ce qui dynamiserait le télétravail. Dans un tel contexte offrir des services bureaux à la gare permettrait de compenser d’éventuelles pertes de revenus.

6/ Quelles sont les difficultés de ce genre de mue ?

J.D. : Tout d’abord il faudra assigner des objectifs à ces nouvelles activités et déterminer quelle sera leur part dans le chiffre d’affaires total de la SNCF par rapport aux activités ferroviaires. Ensuite, il faut que le niveau des investissements pour rénover les gares soit à la hauteur des ambitions. Le projet du Grand Paris qui comporte la construction d’un réseau de gares nouvelles et la modernisation d’un certain nombre de gares existantes va d’ailleurs dans ce sens. Un autre grand problème à traiter tient à la diversité des populations qui fréquentent les gares, du cadre supérieur au SDF, et à leur spécialisation qui n’existe pas pour le moment, contrairement à ce qui se fait dans le domaine du voyage avec la première classe, les billets Prems etc. Sans oublier, avec l’ouverture du rail à la concurrence européenne, la diversité de clientèle à l’échelle européenne. Enfin, il faut que la gare devienne un temple de la révolution numérique afin de gérer au mieux les flux de voyageurs et l’information en interconnectant un ensemble de systèmes d’information.

7/ La gare intelligente ?

J.D. : Oui. Les gares sont de véritables « sacs à puces » connectées, bardées de capteurs en tout genre. Côté voyageurs, nous sommes tous reliés à travers nos smartphones à une masse considérable d’intelligence. Les deux mondes seront inévitablement reliés. Une multitude d’applications, permettant notamment l’optimisation du temps de trajet, avant, pendant et après celui-ci, devraient voir le jour. J’en veux pour preuve les applications pour smartphones primées lors d’un récent concours organisé sur Internet par SNCF Transilien et ayant pour objectif de faciliter les déplacements en transports en commun en Île-de-France. L’une de ces applications est justement destinée à indiquer l’affluence à bord des trains et à permettre aux voyageurs de sélectionner les moins chargés. Sans oublier que cette gare intelligente devra aussi être une gare à énergie positive. Nul doute que la transformation des gares n’est pas prête de s’arrêter.

 

Institut Sage

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