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Décideur Public - Univers Numérique

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L’intelligence artificielle est déjà entrée dans les mairies… par la fenêtre

Publié par Décideur Public - Univers numérique sur 14 Septembre 2026, 15:36pm

Catégories : #Avis d'Expert

par Dominique Péré, DG, HelloSpot.

Il faut sans doute commencer par un constat que peu de dirigeants publics osent formuler à voix haute : l’intelligence artificielle est déjà dans nos mairies. Non pas à la faveur d’un projet mûrement délibéré, doté d’un cadre et de garanties, mais par la petite porte des usages individuels. Un agent qui recopie le courrier d’un administré dans un assistant conversationnel pour en rédiger la réponse, un autre qui y résume une délibération ou y reformule une note : la scène est devenue quotidienne. Les enquêtes le confirment. Selon une étude Reco de 2025, 71 % des collaborateurs recourent à des outils d’IA sans validation de leur direction informatique ; le MIT observe que, dans plus de neuf organisations sur dix, des employés utilisent des comptes personnels de robots conversationnels, quand quatre sur dix seulement disposent d’une solution officielle. Près de quatre employés sur dix y confient des données confidentielles.

Ajoutons une précision qui n’est pas neutre pour un décideur public : ces outils sont, pour l’essentiel, américains. À lui seul, un acteur comme OpenAI concentre plus de la moitié des usages non encadrés. Autrement dit, l’intelligence artificielle n’est pas entrée dans les mairies par la porte, celle d’un déploiement choisi et sécurisé. Elle est entrée par la fenêtre. Et elle est américaine.

Dès lors, la question qui se pose aux directeurs généraux des services, aux responsables et aux élus n’est plus de savoir s’il faut intégrer l’intelligence artificielle. Elle l’est déjà. La seule question qui vaille est celle de la méthode : comment l’intégrer ? Notre conviction est nette. Il faut le faire avec des solutions pensées pour le service public, respectueuses du RGPD et de l’AI Act et, surtout, véritablement intégrées aux outils du quotidien des agents. Cette dernière condition n’a rien d’un détail technique : elle commande l’essentiel des bénéfices.

Une IA en silo ne sert presque à rien

Car il existe deux manières d’introduire l’intelligence artificielle dans une organisation et elles n’ont rien de comparable. La première, la plus répandue, consiste à la placer à côté des logiciels métier, dans un onglet séparé. L’agent doit alors lui fournir sans cesse le contexte, copier les informations d’un outil, coller la réponse dans un autre, puis agir manuellement dans son application. L’IA ne fait que s’ajouter à une journée déjà fragmentée.

Or cette fragmentation a un coût, aujourd’hui bien documenté. Une étude publiée par la Harvard Business Review établit que le collaborateur numérique bascule près de 1 200 fois par jour d’une application à l’autre, ce qui représente environ quatre heures perdues chaque semaine, soit près de 9 % de son temps de travail annuel. Chaque interruption exige, selon des travaux menés avec l’université Cornell, près de dix minutes pour retrouver sa pleine concentration. Une IA en silo n’allège pas cette charge : elle l’aggrave.

La seconde manière est d’une tout autre nature. Lorsque l’intelligence artificielle est intégrée au logiciel métier, elle n’attend plus qu’on lui décrive la situation : elle en dispose. Sur simple demande de l’agent, elle exécute en quelques secondes des opérations qui réclamaient de longues minutes, directement dans la solution qu’il utilise déjà. Les gains cessent alors d’être théoriques. Les travaux d’Erik Brynjolfsson et de ses coauteurs, conduits auprès de plusieurs milliers de conseillers, mesurent une hausse de 14 % du nombre de dossiers traités par heure, et jusqu’à 34 % pour les agents les moins expérimentés, avec un temps de traitement sensiblement réduit. La valeur ne vient pas du modèle seul ; elle vient de son intégration.

« L’intelligence artificielle est déjà dans nos mairies. Mais elle est entrée par la fenêtre. Et elle est américaine. »

La canicule, épreuve de vérité

Aucun domaine ne l’illustre mieux que la gestion des épisodes exceptionnels. La chaleur, en France, tue. L’Inserm a estimé à près de 15 000 le nombre de décès en excès lors de la canicule d’août 2003 ; l’été 2026 vient de connaître, selon Santé publique France, une surmortalité inédite depuis cette date. C’est en réponse à 2003 que la loi impose au maire de tenir, tout au long de l’année, un registre nominatif des personnes vulnérables et de l’activer dès la vigilance orange. L’obligation est ancienne ; les moyens, eux, sont trop souvent restés au papier et au tableur.

Un outil adapté change la donne et il le fait sur deux plans que l’on oppose à tort. La sécurité d’abord : ces données de santé, particulièrement sensibles, sont mieux protégées et mieux cloisonnées dans une solution souveraine que dans un fichier partagé. La simplicité ensuite : l’inscription devient accessible en quelques gestes, pour l’habitant comme pour l’agent, sans rien perdre en clarté ni en intuitivité. Mieux organisé ne veut pas dire plus compliqué ; bien au contraire.

Pendant l’épisode, la différence se mesure en réactivité. Une demande de secours qui parvient un dimanche, ou après la fermeture de la mairie, n’attend plus le lundi : elle est qualifiée et orientée automatiquement vers le service compétent, aussitôt alerté. Les agents passent moins de temps à ressaisir et à trier, et davantage à faire ce qu’aucune machine ne fera à leur place : appeler une personne âgée isolée, organiser une visite, porter secours. Le bénéfice n’est pas technologique. Il est humain.

La souveraineté n’est pas une option

On comprend alors que la souveraineté n’est pas une posture mais la réponse directe au désordre décrit plus haut. Si l’IA circule déjà dans les services par des canaux étrangers et non maîtrisés, la seule parade responsable consiste à offrir aux agents une alternative meilleure : une intelligence artificielle française ou européenne, à l’image de ce que permet aujourd’hui une technologie comme Mistral, hébergée sur le territoire, conforme au RGPD et à l’AI Act, dont les données ne servent pas à entraîner des modèles et demeurent strictement cloisonnées. La sécurité et l’efficacité ne s’opposent pas : elles procèdent du même choix.

La responsabilité des dirigeants

L’intelligence artificielle est là. Les dirigeants et les élus ne peuvent pas la renvoyer ; ils peuvent, en revanche, décider par où elle entre. Leur responsabilité est de donner aux agents les outils dont ils ont besoin mais au bon niveau de sécurité et d’intégration à leur travail quotidien. C’est le chemin que l’industrie du logiciel doit prendre dans son ensemble et plus encore les solutions au service du public, pour gagner à la fois en efficacité, en fiabilité et en sécurité.

Car la bonne intelligence artificielle ne sera jamais celle qui impressionne le plus. Ce sera celle qui, intégrée et maîtrisée, permettra de mieux servir les habitants. Y compris et peut-être surtout les jours où la chaleur s’abat et où chaque minute compte.

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